Le navire Dogora a enfin accosté à Cosne


Les Dogoriens, ces migrants d'Europe de l'Est imaginés par le compositeur Etienne Perruchon, voyageurs à la langue et l'origine incertaines, sont arrivés à bon port hier sur l'Ile de Cosne.


Leur sourire triomphal en dit long sur leurs capacités à cacher les problèmes endurés durant cette traversée musicale d'une heure trente précédée d'une errance d'une année pour enfanter ce projet titanesque. 
Il a fallu lutter contre les avanies administratives, traquer le moindre euro, rassembler de chaque côté de la Loire les partenaires indispensables, dégoter un centre d'accu… plutôt un chapiteau de cirque qui ajoute encore au caractère circassien, nomade de l'oeuvre. 


Par ses phrases amples, de longs mouvements modulés tant contemplatifs que soudain s'emballant, Dogora fait surgir des ambiances balkaniques, c'est le cinéma de Théo Angelopoulos, celui plus énervé d'Emir Kusturica, admirablement restituées par l'Harmonie de Cosne, l'Académie de musique de Belleville/Sancerre.


Une formidable standing ovation a salué cette somptueuse suite populaire pour choeurs, solistes, piano et orchestre, idéalement formée de 21 plages entre lesquelles on a pu attraper sa bouteille d'eau, s'éventer, chasser par millions des visiteurs sans billet, les moustiques, voire même se dissiper, pour les plus jeunes vers qui brandissait une baguette en forme de férule le chef Jean-Yves Chir.


Patrick VATAN